Je déambule dans les couloirs de la gare, mon sac me pesant sur l'épaule. Je mets la main dans ma poche pour vérifier que j'ai bien mon portable et épuisée je me laisse tomber sur un banc. Après une trés longue journée de cours, je dois attendre le train ; j'ignore encore qu'il aura plusieurs heures de retard. J'écouterai bien de la musique mais mon baladeur n'a plus de batterie. Et puis, je ferais mieux de réviser mes cours, après tout le bac arrive dans peu de temps. Au lieu de ça, je fais jouer mes doigts contre le rebord du banc, doucement je forme une mélodie, une mélodie très simple de quelques notes que j'imagine. J'observe les gens autour de moi. Il y a ce couple, lui très "fashion" comme on dit aujourd'hui et elle toute petite. Ils se retournent quand un groupe de lycéens arrive en riant bruyamment, de la musique s'échappant de leurs portables. Un homme d'affaire, l'air grave s'assoit sur un banc près de moi et ouvre son ordinateur tandis qu'une jeune fille à l'allure gothique et les écouteurs dans les oreilles a l'air ailleurs. Un vieil homme, portant les épreuves de sa vie dans le creux de ses rides esquisse un sourire en voyant une jeune maman qui se débat avec son fils de quatre ou cinq ans je dirais. Et, les doigts courant sur le bord du banc comme sur un piano, j'imagine une chanson pour toutes ces personnes. Je leur invente une vie, une histoire, un passé et un futur. Puis, ayant imaginée tout ce que je pouvais, les idées les plus folles me passant par la tête, je finis par me concentrer sur mon histoire, mon passé, si douloureux soit-il. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à imaginer mon futur. Alors je tente de me voir comme je suis maintenant, d'un oeil extérieur, neutre. Alors, je vois une jeune fille de 15 ans, à l'imagination débordante. Je vois quelqu'un qui a très peu vécu, mais qui s'ennuie déjà dans sa vie, si monotone. Je vois son désir de voyager, de découvrir le monde. Et je devine son envie de se lever, là, tout de suite, de prendre son sac et de partir sans jamais se retourner.
J'ai souvent repensée à cette journée, à ce moment si particulier. J'essaie continuellement d'imaginer comment aurait été ma vie si j'étais partie ce jour gris de février. Ce qui est sûr, c'est que je l'aurais fait si le train n'était pas arrivé à ce moment-là.